Lettre à Hamid Miss

Lettre à Hamid Miss

Lettre à Hamid,

Je t’écris depuis un navire que tu connais bien. Son itinéraire n’a aucun secret pour toi, tu en décris la moindre escale. Ce navire n’a ni mat, ni proue. C’est une embarcation plus discrète. Ses contours sont doux, ses rames blanches, sa cale rose comme une pivoine. Je t’écris depuis mon palais. Tu peux sourire.

Hier, je n’étais pas seule à larguer les amarres, nous étions des dizaines. Attablés comme on attends que siffle le départ. Hamid, il faut que je te dise combien cet endroit est adorable. Ton restaurant, pas mon palais. Enfin votre restaurant que Typhaine ton épouse honore de son sourire et de ses toilettes exquises. Quand j’y ai pénétré je me suis dit : «On ne peux pas être à Toulouse. Paris, Stockholm, Berlin peut être mais pas ici. Dans cette ville ou la brique obligée vue-et-revue a fini par lasser.» J’ai su que l’aménagement était signé du collectif d’architectes La Vigie. Vous les connaissez parce qu’ils fréquentaient votre première cantine. Une des rares tables d’hôtes de la ville. Cinq années à accueillir des étrangers, devenus amis pour certains, quasiment dans votre salon. C’est qu’il faut être généreux et un peu fou aussi. D’ailleurs vous avez bien fait de ne pas changer de nom. La Pente douce ça sonne comme vous, francs et tendres à la fois.

Je me demande si tu sais ce qu’on rapporte sur ta cuisine. Une génie qu’ils disent. Je balance et j’acquiesce. Ton génie n’est pas tant de bien faire mais de bien penser. Ça je l’ai su en léchant le bord de ma cuillère au moment de l’entrée. Une soupe à la carotte, anis et oeuf de caille. L’architecture de l’ensemble m’a émue. J’avais comme le cul posé sur la terre fraiche d’un potager à bouffer le légume par la fane, la tête dans un port de Provence à siroter un pastis frais et en même temps dans le ventre de ma mère rond et rassurant.  Ton endive braisée – douillette, mais c’est avec les tripes qu’on a carrément décollé. Tiphaine avait raison, on ne peut jamais dire qu’on n’aime pas ceci ou cela avant de l’avoir gouté à la mode de chez toi. En même temps, le choix volontairement restreint d’intitulés : trois entrées, trois plats, trois desserts invite à la prise de risque.

Qu’est ce qu’on est bien dans un palais. Surtout le tient.

Ce jour là, comme tout les jeudis tu proposais un couscous. «Un» parce qu’il n’est finalement jamais le même. C’est le principe quand on te visite. Après l’arrêt minute dans le couscous de ma copine, j’ai pris place à bord de mon plat, une truite…… dont je tairais les ingrédients – Typhaine appréciera ma discrétion. D’ailleurs on en t’as pas entendu du service, malgré la cuisine offerte à tous. Moi qui pensait que les chefs donnaient de la gouaille pour tenir la brigade dans le rythme. Je suis épatée par la sagesse avec laquelle tu ordonnes.

Et cette drôle de blouse ! Tu sais que j’en ai une identique. Je l’ai acheté chez un antiquaire du Lauragais. Je pensais être la seule à en posséder une de ce genre. Remarque je pensais aussi que je n’aimais pas le civet de lapin !

Quand tu es enfin venu t’installer à notre table, j’ai pu satisfaire ma curiosité et t’assaillir de questions. J’espère que je n’ai pas été trop envahissante. J’ai apprécié la pudeur avec laquelle tu as parlé de ton histoire. De ton enfance dans les voiles de la djellaba de ta maman, à épier les gestes assurés de cette cuisinière marocaine émérite. Il n’y avait pas d’homme chez toi pour feindre l’attente en fumant la chicha avant de se mettre à table. Alors tu étais aux fourneaux. Mais en France c’est derrière un établi d’ajusteur dans l’aéronautique que tu as officié. Tu as bien fait de quitter les ailes de plomb pour celles du poulet !

Hamid, c’est passé trop vite ce déjeuner. Je regrette de ne pas avoir eu l’occasion de te découvrir avant, avant que ton drôle de génie ne déchaine les réservations et nous oblige à planifier la prochaine croisière plusieurs semaines à l’avance. Je te salue depuis le pont de mes incisives.

Amicalement.

Gisèle.

Ps : Infos pratiques à destination du lecteur

Ouverture

Déjeuner : du mardi au samedi
Dîner / apéro tapas : du jeudi au samedi (dernier service 21h) Brunch : tous les 1er dimanche du mois de 10h à 18h

Tarifs déjeuner :

Entrée + plat + dessert = 20 €
Entrée + plat ou Plat + dessert = 17 €

Plat = 13 €

Fournisseurs :

Viande : Serge Soual et Philippe Grezes (Victor Hugo) Poisson : Pascal Bellocq (Victor Hugo)
Pain : Cadenet
Fromage : deux Chavanes
Fruits & Légumes : petits producteurs Bio de la région Café : l’arbre à Café (Hippolyte Courty) – Paris
Machine à Café : La Marzocco (la rolls des machines à café) Cacao : Claudio Corallo (production biodynamique)
Epices : origine Maroc
Vaisselle : L’Estampille (porcelaine de Limoges)
Architectes : Projet 310, d’une ville à l’autre et Sophie Balas (La Vigie) Mobilier, éclairage et décoration : 2b Design (Galvani)

A découvrir courant 2014 : les « petits dèj casse croûte » à partir de 8h, la limonaderie l’après-midi et le bar à Cocktail en soirée (avec et sans alcool).

La Pente Douce : 6, rue de la Concorde / 05 61 46 16 91